Vous avez peut être déjà eu l’occasion de regarder cette vidéo :





            Notre première réaction, ne nous le cachons pas, a été cette petite jubilation franchouillarde, naît du délice de nourrir notre petit anti-impérialisme américain.

Notre seconde réaction a sans doute dû être sensiblement la même.

A la huit ou neuvième réactions, cependant, nous avons enfin commencé à nous questionner. « Ce n’est pas possible que tous les étasuniens soient comme ça. Mais où sont-ils allés les chercher ? »

Puis, à la seize ou dix-septième réactions, nous nous sommes demandés si cela ne venait pas plutôt des questions.


            Nous avons donc décidé de réitérer l’expérience, mais ici, en France. Et voilà ce que ça donne :



            Un détail, avant de commencer, nous tenons a préciser que l’ensemble des personnes que nous avons interviewées, à une exception prêt*, sont présentes dans ce film.


            Devant le résultat de cette vidéo, deux explications s’offrent à nous :

- Ou les français sont tous stupides.

- Ou, par un miracle que l’on ne s’explique pas, on serait tombé que sur des personnes qui enchaînaient les mauvaises réponses.


            En réalité, nous n’avons pas eu besoin d’interviewer d’autres personnes que des simples passants lambdas, certainement pas moins, peut être même plus intelligentes que vous et moi. La réponse se trouvent effectivement d’avantage dans l’ensemble des procédés mis en place tant lors des entretiens qu’en post-production.

Nous avons tenté, ci-dessous, de lister les manipulations effectuées dans cette vidéo.




            Le premier élément est la mise en condition de la personne afin de l’intimider au maximum, l’intérêt évident étant de la pousser, par le stress, à dire des erreurs.

Pour cela, pour commencer, nous avons veillé à ce que le présentateur qui posera les questions porte des vêtements distingués, signe d’autorité. La présence du micro, dirigé ostensiblement vers l’interviewé, ainsi que le fait d’être entouré d’une équipe de trois personnes autour de soi, peut générer une certaine crainte, peut déstabiliser.

Il en va de même pour la caméra pointée sur soi. Nous avons utilisé pour la vidéo la Canon xm2  plus imposante que les autres dont nous disposions.


            La manière dont se sont déroulés les entretiens et la construction du questionnaire a joué également un rôle. Le questionnaire était composé de plus d’une vingtaine de questions sur des sujets extrêmement disparates. Nous avons sciemment veillé à ce que des questions à thématique proche ne soient pas posées l’une après l’autre.

            Par exemple, même si elles ont été rapprochées dans le montage, les questions « Combien y a-t-il eu de guerres mondiales ?» et « Qui a gagné la seconde guerre mondiale ?» n’étaient pas posées l’une après l’autre lors des entretiens.

Ce procédé permettait d’éviter que les personnes aient le temps de se concentrer sur un thème et ainsi de bien rassembler leurs connaissances.


            Afin de servir ce même objectif, il y avait un enchaînement très rapide des questions, sans pause ni trêve. Cette façon de faire est similaire à celle de l’émission « le maillon faible » dont l’objectif est d’ailleurs également de déstabiliser les candidats pour leur faire dire des maladresses.


            La formulation des questions était également un facteur d’erreurs. Le nombre de tours jumelles, par exemple, peut être compris comme « Combien de tours se sont écroulées en tout ». La guerre du Vietnam est une guerre miroir de celle d’Irak, la confusion est aisée. Enfin, le terme de « pays » dans « Citez moi un pays commençant par E », en français moins soutenu, peut être compris comme une région, un lieu ou une ville.


            On peut également faire de l’insinuation de réponses erronées. Soit directement, c’est le cas lorsque la jeune fille répond « 4 tours jumelles » :






            En réalité, la réponse lui est suggérée par le caméraman qui fait le signe 4 avec la main (il est méchant, hein !). On voit d’ailleurs son regard qui se tourne juste avant de répondre.


            Plus généralement, les questions sont posées de manière suffisamment ambiguë pour que les réponses ne soient pas aisées. Des questions plus compliquées flirtent avec des questions aberrantes de simplicité. Ce qui fait craindre la question piège. L’enchaînement des questions ne laissent place qu’aux associations d’idées (par exemple : Guerre mondiale/Allemagne) plutôt qu’à une vraie réflexion. Certaines questions, tel le cheval blanc d’Henry IV demande de répondre à la question par la question. (Moines bouddhistes, tour jumelles).


            On procède également à un appel à la réponse par identification idéologique. C’est le cas de la question sur les sénatoriales. Une fois que l’on a dit qu’il est très important de voter, on ne peut pas répondre que l’on n’est pas allé voter aux dernières élections. On ne fait alors pas attention que la question portait sur un vote réservé en France aux grands électeurs.


            Mais la manipulation ne se trouve pas présente uniquement dans l’entretien. Il est également en aval, lors du montage. N’oublions pas que seules les erreurs sont condensées dans la vidéo, soit 7min sur 1h10 de bande. Les interviewés ont effectivement répondu correctement à la plupart des questions que l’on leur a posées.


            Ensuite, des techniques beaucoup plus grossières ont été utilisées lors du montage. Si une question était mal comprise, puis rectifiée, ou que seule une partie de la réponse nous intéressait, nous avons procédé à des coupes franches. Comme c’est le cas dans ces deux exemples :




            Enfin, la cadence du montage, très rapide, où s’enchaînent les erreurs sur une même question porte deux effets pervers. Il donne le sentiment d’un déversement pléthorique d’invraisemblance, et laisse au spectateur, lui, le temps de réfléchir à la bonne réponse.




            En conclusion, ouvrons l’œil, car les seules personnes stupides dans l’histoire, ce sont celles qui n’arrivent  pas à prendre du recul sur ce genre de manipulation.


            Voilà, nous nous excusons auprès des personnes interviewées qui ont eu la gentillesse de se prêter au jeu, et nous les remercions pour leur amabilité et leur patience.


* : La seule personne ayant subi nos questions et n’étant pas présente dans ce film est une jeune étudiante allemande qui, malgré tous nos efforts, à répondu sans grosses erreurs à l’ensemble des questions. Ca laisse à réfléchir…


Retour à l'accueil

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus